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Autour du sacré : BIANKOUMA-VILLAGE ENTRE CASES RONDES ET MAISONS RECTANGULAIRES

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Autour du sacré : BIANKOUMA-VILLAGE ENTRE CASES RONDES ET MAISONS RECTANGULAIRES

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Autour du sacré : BIANKOUMA-VILLAGE ENTRE CASES RONDES ET MAISONS RECTANGULAIRES
DES ANIMISTES BON TEINT
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«Vous êtes dans le département de Biankouma. Ne manquez pas de visiter le village ancien de Biankouma et ses 7 cases sacrées», Indiquait, par le passé une pancarte à l’entrée de la commune. Aujourd’hui, cette pancarte a disparu. A la faveur des crises et troubles socio-politiques que connait le pays depuis une dizaine d’années.

Signe des temps, le village originel Biankouma ou Biankouma-village, l’un des plus anciens et de plus grands sites touristiques du département du même nom, est menacé à son tour de disparition. Après sa pancarte.

Le «village ancien», se distingue par son habitat de type traditionnel Dan, avec ses cases rondes aux toits de paille, son bois sacré, sa multitude de cases sacrées; ses manifestations rituelles annuelles, toutes choses qui faisaient son charme et attiraient les visiteurs et touristes de partout.

Les cases sacrées représentent ici, aux yeux des gardiens de la tradition, de véritables trésors. Un patrimoine à conserver, à tout prix, et à transmettre aux générations à venir. Elles sont au nombre de 7 et ont des fonctions dédiées. Ces monuments sacrés servent de lieux de culte ou d’habitacles aux masques. Deux d’entre elles sont justement réservées aux masques: les «Guéhé-kôho ». Les cinq autres servent de lieu de rassemblement et de concertation des notables et chefs, lorsqu’ils sont appelés à régler certains litiges ou à prendre d’importantes décisions communautaires. Ces cases sont aussi des lieux où les tenants de la tradition viennent invoquer les esprits des ancêtres, en cas de survenue de graves sinistres ou d’évènements heureux dans le village. Ce sont les  «Gbouhou-khô».

Le masque le plus populaire et le plus adulé ici, c’est le masque « ETRE ». Il est au centre de la vie de la société et incarne plusieurs fonctions. Il est «juge », protecteur, danseur, chanteur…

A côté des cases sacrées qui sont la propriété de toute la communauté villageoise, il y a les « Khô- Gby », ou «grande  maison» qui elles, appartiennent exclusivement à des familles.

Au-delà de leurs fonctions premières de tribunal ou d’autel pour les sacrifices, les monuments sacrés de Biankouma jouent aussi le rôle de musée. Où sont conservés, pêle-mêle, divers objets très anciens, tels des fétiches, talismans, des ustensiles de cuisine, comme par exemple des cuillères en bois, des pots en terre… des gibecières, des lances, des arcs, des tambours, des accoutrements de guerre etc.

La case sacrée la plus ancienne du village originel de Biankouma a plus de 100 ans d’âge. Ici à Biankouma-village, tout comme dans les autres villages anciens Dan, toutes les cases, qu’elles soient sacrées ou non se ressemblent, de par leur structure architecturale.

Les cases sacrées, elles, sont facilement identifiables, reconnaissables. Même de loin, de par leur environnement. Elles sont entourées d’arbres géants aux feuilles palmées qui font penser à des enclos. Leur devanture est tapissée de larges rochers, parfois polis.

A côté des cases sacrées, dont l’accès est strictement interdit à la gent féminine, il y a comme partout ailleurs, les maisons d’habitation. Des cases rondes en terre battue et couvertes de paille.

Dans les cours ou familles, les cases sont regroupées et disposées selon un certain ordre. La case principale est habitée par le chef de famille. Elle est entourée de cases «femelles»   réservées à l’épouse, ou aux épouses et à leurs enfants. Ces cases ont deux issues. L’une sert d’entrée principale et l’autre, plus discrète, moins grande, sert comme d’issue de secours. La case principale est orientée vers celle de l’épouse ou des épouses. Explication: la sexualité étant un sujet tabou dans la société Dan, cette issue de secours permet à l’épouse de s’introduire discrètement, nuitamment généralement, dans la case de l’époux sans être vue des enfants.

La case du chef de famille, ou case «mâle» est divisée, elle, en deux compartiments. L’un sert de chambre à coucher où l’on trouve, le plus souvent, un lit en terre battue. L’autre fait office de salle de séjour. On y trouve généralement un hamac en fibre de raphia tressé suspendu dans un coin de la case, qui sert de siège aux éventuels visiteurs.

La case «femelle» sert de dortoir à la femme et ses enfants. Elle abrite, à l’intérieur, un foyer alimenté par un feu de bois; foyer qui est lui-même surplombé d’un grenier, où sont conservés les légumes, piments et différents céréales destinés à la confection du repas.

Mais voilà, aujourd’hui, le Village ancien et le type d’habitat ainsi présenté ont été rudement agressés au cours des dix dernières années; et ont été quelque peu défigurés, au plan architectural.

Ce village n’est pourtant pas, matériellement en ruines; pas véritablement. Si ruine, il y a, elle ne peut être que morale, au sens de la déperdition de certaines valeurs attachées à la tradition ou aux coutumes.

La réalité ici, c’est que le «vieux village» fait sa mue, se transforme. Au fil des ans. Les cases rondes en terre battue et aux toits de chaume font chaque fois un peu de place à de nouveaux types d’habitation. Des maisons en dur, de forme rectangulaire, couvertes de tôle ondulée; qui alternent, à certains endroits, avec les cases rondes traditionnelles en banco et au toit de chaume.

Le changement qui s’opère ainsi, au fil des ans, n’est, curieusement pas du goût de tout le monde. Singulièrement des «Anciens», les gardiens de la tradition, qui ne voient pas d’un bon œil cette évolution qui conduit à la défiguration de la structure architecturale originelle du village et à la remise en cause de certains aspects de la tradition, des coutumes par les jeunes.

Un exemple patent: l’électrification du village. Pour être en phase, selon eux, avec la tradition et les esprits des ancêtres, les notables se sont pendant longtemps opposés à ce projet. Au motif que certains masques ne doivent pas être vus des femmes et des personnes non initiées lors des exhibitions. Or, avec l’éclairage public qui va « chasser » les ténèbres et même aussi certains esprits, tout le monde peut voir tout le monde, à tout moment.

Pour la plupart, les jeunes ne s’embarrassent guère de telles considérations. Ils veulent suivre la direction du vent, c’est-à-dire la modernité. Ce sont d’ailleurs eux qui ont le plus milité pour l’électrification du village. Et ils ont eu gain de cause. Ils se disent aujourd’hui fiers d’eux-mêmes, quand ils regardent les poteaux électriques flambants neufs qui ceinturent les rues; et les câbles électriques qui survolent les toits des maisons.

Plus besoin d’attendre, pour s’éclater, les périodes de pleine lune. Pour apprendre à jouer au tam-tam, chanter, danser. Comme le faisaient leurs parents, au son et au rythme des instruments traditionnels, au clair de lune. Des moments autrefois prisés de tous, au cours desquels on se permettait certains débordements; et auxquels nombre de personnes, parmi les « anciens » continuent de rêver aujourd’hui.

Rares sont les jeunes qui voudront se porter candidat aujourd’hui pour apprendre à chanter, à danser et à battre le tam-tam pendant les clairs de lune, en supposant que le village ne soit pas électrifié.

Autre temps, autre lieu: les candidats pour assurer la garde des cases sacrées se font de plus en plus rares. Même chez les moins jeunes. Ceux-ci s’intéressent de moins en moins à l’héritage laissé par les ancêtres dans les cases sacrées.

Pendant ce temps, des bistrots font leur apparition ici et là, au coin des rues, qui attirent de plus en plus de monde, le soir venu.

Voilà ce que devient «Biankouma-village» ; il suit les traces de la cité nouvelle à laquelle lui-même a donné naissance. Ce, en dépit de la résistance des notables et autres sages qui craignent de voir leur village perdre son identité et son âme, par une trop grande ouverture sur l’extérieur et d’autres valeurs culturelles et croyances.

Les cases rondes, les cases sacrées, les forêts sacrées, la fête des ignames, la course des masques (pratiquées par des jeunes en février et mars après la récolte du riz), sont entre autres manifestions, des pans entiers du patrimoine culturel du terroir que les gardiens de la tradition n’entendent pas laisser disparaitre. Même s’ils ne sont pas spécifiques au peuple Dan. N’empêche, eux ne veulent pas «trahir  l’esprit des ancêtres», en foulant au pied l’héritage que ceux-ci leur ont légué. Au nom d’un certain modernisme.

A Biankouma-village, la fête des ignames, la course des masques, les cérémonies de circoncision et d’excision ont été de tout temps les principales cérémonies de réjouissances annuelles qui rassemblent toute la communauté.

C’est au cours de la fête des ignames que les jeunes garçons ayant entre 6 et 15 ans communiquent pour la première fois avec les masques. La cérémonie d’initiation se déroule dans le bois sacré. Les jeunes élus sont conduits par leurs aînés dans le bois, où les attendent les hommes, les gardiens des masques, commis à l’office. Pendant le temps de leur retraite au bois sacré, ces jeunes ne sont autorisés à consommer que de l’igname cuite à la vapeur.

Il en est de même pour les jeunes filles de la même tranche d’âge. Elles sont confiées à des matrones, des femmes matures et initiées, qui les conduisent, de leur côté, dans un refuge exclusivement réservé aux femmes. Là, elles sont soumises à des rites initiatiques qui doivent  leur permettre de  «devenir femme».

Les anciens, les gardiens de la tradition, souvent mal compris dans leur obstination à défendre le patrimoine traditionnel DAN, accusent sans ambages, l’école occidentale et le christianisme d’être à la base de leur  «malheur».  «Les Blancs n’ont-ils pas, chez eux, leurs coutumes et leurs religions légués par leurs ancêtres ? Pourquoi, nos enfants après l’école doivent-ils abandonner les leurs au nom de la modernité ? Que seront-ils demain ? Quand je vois des cases sacrées en ruine ou abandonnées, mon cœur saigne. Ce sont des aspects importants de la tradition et de la culture Dan qui disparaissent ainsi progressivement», avait protesté, en son temps, le patriarche Gbindéh Diomandé, le charismatique chef du village de Biankouma, peu de temps avant son décès, en 2000. Le patriarche Gbindéh Diomandé était connu pour son farouche attachement à la tradition et aux valeurs culturelles Dan, et à leur rayonnement. Le patriarche a-t-ils formé et laissé assez de disciples pour continuer son œuvre ? Le temps nous le dira…

 

SIGUI Aude Martinez

(Correspondant Régional)



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