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ILS SONT À LA FOIS ÉLÈVES ET MANŒUVRES AGRICOLES À… OUMÉ

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ILS SONT À LA FOIS ÉLÈVES ET MANŒUVRES AGRICOLES À… OUMÉ

Ils fréquentent différents établissements secondaires à Oumé, dans la région du Gôh. Mais à la différence du commun des autres jeunes apprenants des autres régions, nombre d’élèves de cette localité sont sans soutien aucun. Délaissés par leurs, ils se transforment en manœuvres agricoles, quand ils n’ont pas de cours. Pour assurer leurs études et leur survie.

La vie n’est pas du tout rose pour certains des élèves des établissements secondaires de la commune d’Oumé, dans la région du Gôh. Des élèves  astreints à faire leurs études en alternance avec la pratique d’activités agricoles, pour pouvoir subvenir à leurs besoins les plus élémentaires (nourriture, logements, habillements) et à leurs frais d’écolage.

Ces élèves partagent leur temps entre l’école et les champs et plantations des environs d’Oumé. Aux planteurs et autres paysans qui les sollicitent, ils louent leurs services comme manœuvres agricoles, généralement pour le débroussaillage et le désherbage des parcelles. Les jours de prédilection pour les travaux champêtres, c’est le mercredi après-midi ou le jeudi après-midi, selon le cas, ainsi que les samedis et dimanches, qui sont des jours vaqués.

Les élèves qui s’adonnent à cette pratique sont, pour la plupart, de jeunes gens originaires des villages du département qui se retrouvent sans soutiens dans la ville. Ils fréquentent, en majorité, des établissements privés et sont astreints au payement d’une scolarité.

Qu’ils soient originaires du chef-lieu de la commune ou des campements et villages environnants, ils ont en commun d’être des fils de paysans…modestes. Qui tireraient eux-mêmes le diable par la queue. C’est ce qui expliquerait, de l’avis de certains des « collégiens » concernés, le fait qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes pour leurs études : sans parents, ni tuteurs, et sans moyens de subsistance. «  Les parents, explique, un élève de 4ème qui n’a pas voulu décliner son identité, évoquent comme raison de leur démission vis-à-vis de nous la paupérisation grandissante, le manque de moyens financiers, la mévente de leurs productions et les mauvaises récoltes liées au vieillissement de leurs plantations ».

Face à cette situation, les jeunes élèves sans soutiens ne se font pas prier pour tendre la main aux planteurs en quête de main-d’œuvre, qui n’en demandaient pas mieux, avec la raréfaction, dans la zone, de la main-d’œuvre agricole traditionnelle.

Leurs employeurs de circonstance ne font pas de différence entre eux et les ouvriers agricoles de métier. Ils les paient au même tarif, soit 1500 FCFA la mi-journée, pour le contrat individuel ; et 1000 FCFA pour le contrat collectif. En 5 demi-journées (une demi-journée le mercredi ou le jeudi et 4 le week-end, dimanche y compris), un élève prestataire de services peut engranger un gain moyen de 5000 à 7500 f par semaine, soit 20 000 à 30 000 F/mois ; ou plus, en prenant en compte, pour certains mois, les différents congés scolaires et autres jours fériés.

Apparemment les deux parties s’en tirent à bon compte. Les planteurs disent apprécier le travail de ces jeunes élèves ; et ceux-ci ne se plaignent pas, de leur côté, des gains qu’ils tirent de leurs prestations. « Nous sommes débordés par moments, par les sollicitations des planteurs qui viennent vers nous, oubliant que nous sommes d’abord et avant des élèves ; et que nous devons nous consacrer aussi à nos études », rapporte Baga Makré, un élève de 4ème.

Mais ce que Baga Makré se garde de dire-et on le comprend-c’est que face à leurs besoins et à l’appât du gain occasionnel, nombre de ses camarades sont parfois tentés de se détourner du chemin de l’école, pour prendre celui des exploitations agricoles et champs. Edouard Soukou Godé, directeur des études d’un établissement secondaire privé de la place, soutient que de plus en plus d’élèves délaissent les salles de classes au profit des champs ; pour plusieurs jours, parfois même pendant une semaine entière. « Lorsqu’ils se décident à reprendre les cours, explique-t-il, ils constatent qu’ils sont en retard sur le programme ; et ils sont contraints à la tricherie lors des évaluations, afin d’éviter le redoublement ou le renvoi ».

Un élève de 3ème, Yobo Balli Benoît, du collège Akati d’Oumé, confirme les propos de Soukou Godé : « travaillant sans relâche, les élèves qui font régulièrement des travaux champêtres accumulent beaucoup de fatigue et n’arrivent pas à suivre les cours en classe, ni à étudier correctement leurs leçons, ce qui influe forcement sur leur rendement scolaire ».

Sur 7 élèves interrogés par rapport à leurs résultats semestriels, pour les besoins de nos investigations, l’un a obtenu une moyenne de 14,23 sur 20, les deux suivants ont obtenu 12,54 et 11,78 sur 20. Les 4 autres eux, ont eu des moyennes inférieures à 10. Deux d’entre eux ont même été blâmés, tout à la fois pour insuffisance de résultats, mauvaise conduite et absences non justifiées aux cours. Si ces derniers ne font pas l’effort d’améliorer notablement leurs résultats et leur conduite au cours du second semestre, ces élèves qu’on dit être parmi les abonnés les plus assidus aux travaux champêtres, savent ce qui les attend à l’issue des évaluations de fin d’année ou de cycle : l’échec à l’examen et/ou l’exclusion.

Ils se rendront compte alors, à leurs corps défendant, qu’on ne gagne rien à vouloir poursuivre deux lièvres à la fois, si on ne se résout pas, à un moment donné, à mettre son dévolu sur l’un des deux.

Mais ces jeunes élèves, abandonnés par leurs géniteurs et contraints de lutter pour se prendre eux-mêmes en charge, ont-ils une autre alternative, pour leurs études et leur survie ? Toute la question est là…

 

Ralph ABOUHO

 

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