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Essai : Emmanuel Y. Ngoran propose "LE SOCLE HUMAIN DE LA RÉCONCILIATION"

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Essai : Emmanuel Y. Ngoran propose "LE SOCLE HUMAIN DE LA RÉCONCILIATION"

Un an déjà que la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) multiplie les contacts et les visites en vue de la mise en œuvre de la phase de sensibilisation qui précède les consultations nationales.

Au CDVR, on affirme que les visites de compassion dans les zones marquées par la crise et l’écoute des préoccupations des populations rencontrées à cette occasion, ont permis de susciter l’intérêt pour le processus; au point d’inspirer un essai à Emmanuel Yao Ngoran. Qui, depuis New York où il exerce dans une institution internationale, a produit un essai dont nous vous livrons ici un extrait.

 

 

De partage, d'ouverture et d'inclusion, à partir d'un socle de solidarité, de fraternité et de générosité. Brassage de peuples, richesses de diversité pour reconstruire l'harmonie rompue, car tous sont indispensables à l'œuvre de renforcement de d'union et du rassemblement au service de la cohésion.

Indépendamment des anciennes migrations[1] ou des mouvements de peuples au cœur de l'occupation de l'espace du territoire actuel de la Côte-d'Ivoire, qui s'étaient effectués avant les premiers contacts avec les Européens et dont l'histoire officielle du pays rend compte dans des manuels scolaires, il eut des déplacements sensibles de populations en provenance de contrées mitoyennes, depuis l’ère coloniale. Ces aspects des migrations de groupes humains vers la Côte d’Ivoire ne marquèrent pas moins les configurations démographiques et sociologiques actuelles de cette terre d'intégration. Pour l’essentiel, ces déplacements avaient été le fait des colons en quête de main-d'œuvre pour lancer la construction de grandes infrastructures requises pour la mise en valeur de la colonie, dans des domaines des travaux publics et du développement de l’agriculture d’exportation.

Par rapport à ces faits démographiques, qui constituent des empreintes profondes de l'histoire des peuples ivoiriens et se donnent comme un vivier de brassage, d’aucuns n’hésitent pas à parler de la Côte d’Ivoire comme un pays d’immigration. Le terme de terre d’intégration me semble le plus approprié; il est plus inclusif et concourt mieux au dessein de partage, d’union et d’interaction entre les diverses composantes humaines de ce terroir qu’il convient de soutenir et de promouvoir. Pour autant, l'expression terre d'immigration porte une charge émotive et péjorative de dépossession et de domination des autochtones de la part des colons. Ce terme est plutôt usité dans des cas où des groupes humains venus d'ailleurs prennent possession des terres des autochtones en les exterminant ou en les subjuguant. Ce fut le cas aux Etats-Unis et dans certains pays d'Océanie comme la Nouvelle Zélande ou l’Australie.

Ici, il est question de flux et de reflux entre des populations qui sont du même socle sociologique et culturel, qui s’étaient rarement fait la guerre pour s'imposer les uns aux autres ou pour s’installer, et qui vivent généralement en bonne intelligence, jusqu’à présent, malgré les soubresauts d’une crise politique au cours de laquelle leur sort aurait été instrumentalisé. Par ailleurs, on ne sait pas exactement quelles sont l'ampleur et l'amplitude des migrations qui se seraient opérées avant le XVème siècle et en quoi cela aurait de la pertinence dans un pays dont la constitution de l'Etat date de 1960.

Pour les travaux d'envergure de la voie ferrée, la construction des routes et la création des plantations de café et de cacao, l'administration coloniale et les colons s'étaient lourdement appuyés sur la main d'œuvre en provenance du Soudan, de la Haute-Volta et du Niger. Ceci fut intensifié avec l'abolition des travaux forcés, en 1946, lorsque les "indigènes" ivoiriens s'étaient convertis dans les cultures de rente qu'étaient le café et le cacao et désertaient les exploitations des colons au profit des leurs. Pendant une longue période, de grandes plantations des deux premières cultures d’exportation s’étendaient dans les zones forestières du centre-ouest ivoirien, aux mains de colons français, sur lesquelles travaillaient des ouvriers agricoles originaires du Soudan et de la Haute-Volta. Je me rappelle le cas de deux exploitations, le long des rives du Bandaman, vers Zangué, Oumé, dont les maîtres s’appelaient Jacquier et Allenac.

Sur la voie ferrée de la Régie Abidjan-Niger (RAN), de grandes agglomérations furent des centres d'accueil de populations venant de régions du nord de la Côte d'Ivoire, mais également de pays limitrophes que sont le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ferkessédougou, Katiola, Bouaké, Dimbokro, Tiémélékro, Rubino, Agboville, Azaguié, Anyama, Adjamé et Treichville ont été marqués de brassages et d'osmoses démographiques et sociologiques dessinés à travers des migrations s'étant opérées essentiellement par le biais du chemin de fer. De cette première ligne d'agglomérations le long de la voie ferrée, des populations nouvellement installées sur des terres propices à l'agriculture s'étaient essaimées loin du chemin de fer pour s'adonner aux travaux des champs, mais aussi au commerce et au transport, en interagissant avec les groupes humains qu'elles rencontraient pour donner libre court à de nouveaux espaces de partage et de convergence.

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Dans les années 1950-1960, cet élan s'était accentué, suite au démembrement de la colonie de Haute-Volta de 1932 à 1947[2], dont une partie fit corps avec la colonie de Côte d'Ivoire[3]. Les travaux de construction du Canal de Vridi, en 1952, ainsi que ceux de l'édification du Pont Félix Houphouët-Boigny, en 1958, se firent avec, en grande partie, une main d'œuvre provenant principalement de la Haute-Volta (Burkina-Faso actuel). Pendant les premières années d'indépendance de la Côte-d'Ivoire, tous les grands travaux de construction, que ce soit à Abidjan ou à l'intérieur du pays, furent effectués avec un apport substantiel du travail de ressortissants de ce pays dont le destin est si intimement lié à celui de la Côte-d'Ivoire. En Afrique, il y a trois autres couples de pays comparables à celui du Burkina et de la Côte-d’Ivoire: Burundi/Rwanda, Congo Brazza/Congo Kinshasa, Namibie/Afrique du Sud.

Dans l'agriculture, surtout en ce qui concerne le binôme café-cacao, les exploitants agricoles, à la suite des officiels du pays, qui signèrent des accords avec les différentes autorités de la Haute-Volta, partirent recruter des ouvriers agricoles chez leurs voisins du nord, allant au-delà, jusqu'au Niger et au Mali. Une importante composante de populations issues de cette migration s'était fixée en Côte-d'Ivoire et constitue aujourd'hui l'un des socles démographiques et humains du pays des Eléphants. Cette dimension de la démographie ivoirienne est très souvent passée sous silence, alors qu’elle constitue un aspect essentiel du melting-pot ivoirien et lui apporte un capital culturel et une vitalité économique certains.

Par ailleurs, les premières vagues de migration suscitées par les colons ont marqué certaines régions comme celles de la forêt, entre Daloa et Bouaflé, vers Bonon, où des agglomérations au nom évocateur comme Garango et Koudougou existent, habitées, en grande partie, de populations issues de l'ethnie Mossi, l'un des groupes les plus importants vivant originellement au Burkina-Faso. Depuis quelques décennies, le sud-ouest ivoirien aux alentours des villes de Soubré à San-Pedro ou même dans les régions des Montagnes à l'ouest vers Duékoué, voit se développer la nouvelle boucle du cacao avec des migrations de populations du centre et du nord de la Côte-d'Ivoire, mais aussi du Burkina-Faso et du Mali.

Ces configurations de la population ivoirienne s'ajoutent aux vieux ensembles qui existent depuis des lustres dans ce carré et s'influencent mutuellement pour construire de nouveaux espaces de convergence et de partage. Les agglomérations urbaines, plus que les campagnes, se soumettent davantage aux interactions et aux métissages qui mettent en mouvement non seulement les communautés venues d’ailleurs entre elles ou avec les autochtones, mais permettent à toutes d’œuvrer à la maturation de nouvelles osmoses. Sur ces socles d'échanges et d'influences réciproques, prend vie une nouvelle société ivoirienne, aux sources diverses mais pas divergentes et, plus que tout, au destin commun et au futur convergent.

© Emmanuel Yao Ngoran

New York, 21 mai 2012

Extrait d’un essai inédit sur le socle humain de la réconciliation

Auteur de:

-Les Chantiers de la Réconciliation Ivoirienne, Les Editions dhArt, Québec/Ontario, Canada, Février 2011

-Prémonitions d’un conflit fratricide, Les Editions dhArt, Québec/Ontario, Canada, Septembre 2011.

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[1] Les anciennes migrations sont celles qui se sont opérées avant les contacts avec les Européens, avant la période des traites négrières.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Haute-Volta: Un décret du 1er mars 1919 crée la colonie de la Haute-Volta, par partition de la colonie du Haut-Sénégal et Niger. Son territoire recouvre les cercles de Gaoua, Bobo-Dioulasso, Dédougou, Ouagadougou, Dori, Say et Fada N'Gourma. Son chef-lieu est Ouagadougou. Elle est administrée par un gouverneur, portant le titre de lieutenant-gouverneur, assisté d'un secrétaire général et d'un conseil d'administration. En 1927, le cercle de Say est rattaché à la colonie du Niger.

Un décret du 5 septembre 1932 supprime la colonie de la Haute-Volta et répartit son territoire entre les colonies du Niger, du Soudan français et de la Côte-d'Ivoire. Les cercles de Tenkodogo, Kaya, Ouagadougou, Koudougou, Gaoua, Batié et Bobo-Dioulasso ainsi qu'une une partie du cercle de Dédougou boucle de la Volta Noire sont incorporés à la colonie de la Côte-d'Ivoire (2 011 916 habitants sur 153 650 km2). Les cercles de Fada N'Gourma et Dori moins le canton d’Aribinda sont incorporés à la colonie du Niger (278 512 habitants sur 67 850 km2). Les cercles d'Ouahigouya plus le canton d’Aribinda et de Dédougou subdivision de Tougan et rive gauche de la Volta Noire sont incorporés à la colonie du Soudan français (708 501 Habitants sur 50 700 km2).

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Haute-Volta: Un décret du 13 juillet 1937 crée la région de la Haute-Côte-d'Ivoire.

 

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