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... UN CHÈQUE EN BLANC

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... UN CHÈQUE EN BLANC

Le programme de logements sociaux, inspiré du programme "Vivre ensemble" d’Alassane Ouattara, en vue de permettre à la grande majorité des Ivoiriens d’être propriétaire d’un toit à la hauteur de leur bourse, est devenu réalité sur une bonne partie des régions du pays. Sauf que, ce projet de société risque de laisser sur le trottoir certains ivoiriens du pays profond.

Trente chefs-lieux de régions, sur les trente-deux que compte la Côte d’Ivoire, enregistrent soixante-onze chantiers lancés par trente-neuf promoteurs immobiliers dans le cadre du Programme des logements sociaux et économiques initié par le gouvernement. Seuls restent deux départements (San Pedro et de Katiola) qui n’ont pas encore connu un début de travaux. On peut dire que le chantier de l’amélioration du cadre de vie des Ivoiriens, promis par le candidat Alassane Ouattara, est une réalité.

Malgré cette belle performance, à Adzopé, dans la région de la Mé et Agboville (Agneby-Tiassa), où il se trouvait pour attester de l’effectivité de ce projet, Mamadou Sanogo s’est adressé aux populations qui, selon ses dires, sont encore habitées par le doute. Voilà qui explique qu'à cette occasion, le ministre de la Construction et de l’assainissement et de l'Urbanisme a affirmé: «Le programme est sûr et sécurisé…». Et d’inviter les uns et les autres, particulièrement les cadres, à souscrire à cette opération dans laquelle il dit avoir foi, quant à son aboutissement. Venant de celui-là même qui a en charge la conduite de cette opération visant à traduire dans les faits ce point clé de l’une des promesses de campagne du candidat Alassane OUATTRA, les Ivoiriens n’en attendent pas moins.

Ce que les populations du pays profond veulent, ici et maintenant, ce sont plutôt les "Maisons ADO"; ces logements dont le coût d’acquisition avait été initialement estimé à 5 millions de F CFA; et pour lesquels les ménages à revenu modeste étaient censés obtenir un emprunt remboursable sur 25 ans, pour une mensualité n’excédant pas les 25 000 FCFA; en se basant sur le principe et la pratique de la mutualisation des risques, de «la solidarité traditionnelle africaine», tel qu’annoncé dans le programme "Vivre ensemble".

Selon toute vraisemblance, cette formule censée regrouper plusieurs acquéreurs n’ayant pas de revenus réguliers ou n’étant pas solvables, pour se porter mutuellement caution auprès des banques, à qui l’Etat confierait chaque année entre 100 à 200 milliards de F CFA, ne tient plus la route. Réalité du terrain oblige. Aujourd’hui, ce sont plutôt des souscripteurs dont le niveau de revenu mensuel se situe en dessous de la barre de 400 000 FCFA qui doivent emprunter entre 5 et 10 millions de FCFA pour les logements sociaux.

Un virage à 90°, pourrait-on dire, qui montre qu’en réalité, la réalisation de logements sociaux et économique, qui plus est dans un contexte de pauvreté généralisée –aggravé par dix années de crise militaro-politique– ne peut être l’affaire de promoteurs privés dont on sait qu’ils sont avides de profit; mais plutôt celle de l’Etat. C'est-à-dire, avec plus d’intervention des pouvoirs publics; comme cela avait été le cas à travers la SOGEFIHA (Société de Gestion Financière de l’Habitat), société d’Etat, et la SICOGI (Société de Construction et de Gestion Immobilière), société d’économie mixte.

Ainsi donc, plus que la rhétorique du scepticisme développée par Mamadou Sanogo pour expliquer le peu d’engouement que montrent les populations du pays profond pour ces opérations immobilières qui leur sont destinés au premier chef, tout porte à croire que ces Ivoiriens de nos villes et régions sont comme paralysés par leur incapacité à supporter les nouveaux coûts. Un état d’indigence donc, que vient malheureusement aggraver la latitude laissée à ceux des cadres qui en ont les moyens et qui le veulent de se porter acquéreur de plus d’un logement à la fois; sous prétexte, croit-on, de donner l’exemple, de convaincre les incrédules. C’est en tout cas, le discours qui est revenu dans les reportages télé rendant compte des visites effectuées par le ministre de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et de l’Urbanisme sur les différents chantiers ouverts; sans toutefois indiquer s’il s’agit de logements sociaux ou de standing.

Dans tous les cas, le hic, ici, c’est que, cette possibilité laissée aux acquéreurs qui en ont les moyens, pose un double problème. Outre le fait que cette ouverture jure avec l’un des critères d’éligibilité arrêtés par le gouvernement dans le cadre de ce programme, à savoir: "Ne pas être propriétaire ou copropriétaire d’un logement en Côte d’Ivoire", elle pourrait bien fonctionner comme un miroir aux alouettes. A vouloir agiter ces "exemples", cet argument spécieux, pour espérer attirer les soi-disant sceptiques, le Ministère de la Construction, du Logement, de l’Assainissement et de l’Urbanisme ne met-il pas entre les mains des souscripteurs les plus nantis un chèque en blanc, dont ces derniers pourraient se servir pour s’adonner à la spéculation ? Qui pourrait, en effet, empêcher ces personnes financièrement nanties, devenues propriétaires de plusieurs logements à la fois, ici et là, de les sous-louer ou de les revendre plus chers, par la suite ? Dans ces conditions, comment ne pas comprendre la désaffection des populations du pays profond pour ce projet ? Voilà donc qui contrarie l’objectif premier du programme de logements sociaux, à savoir, permettre aux Ivoiriens condamnés à demeurer d’éternels locataires de pouvoir avoir un toit.

Il n’est pas certain que tous ceux qui s’attendaient à un logement de cinq millions de F CFA, comme annoncé au départ, comprennent le bienfondé du surcoût auquel ils doivent aujourd’hui faire face. Si tel est effectivement le cas, alors, il faut craindre que cette situation ne favorise le phénomène de quartiers précaires dans les grandes villes de l’intérieur du pays; avec, notamment, des quartiers dépourvus du minimum d’équipements sociaux collectifs et de commodités comme c’est le cas à Houphouët-ville à Bouaké, et le Bardot à San Pedro. A quelques petites années de la prochaine échéance électorale, la problématique des logements sociaux constitue un véritable défi pour le régime Ouattara.

 

TANOH Benoît

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