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Relève : SOULEYMANE, L’ANTIQUAIRE QUI VEUT RENAITRE DES CENDRES DE SON PÈRE

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Relève : SOULEYMANE, L’ANTIQUAIRE QUI VEUT RENAITRE DES CENDRES DE SON PÈRE

C’est un jeune ivoiro-nigérien, qui s’est spécialisé dans l'achat et la vente d'objets anciens; après avoir pris la relève de feu son père, venu de son Niger natal, pour s’établir à Korhogo. Le père mort, le fils, se propose de construire un musée; pour faire connaître la culture et l’art sénoufo.

Il vivait relativement bien de sa profession d’antiquaire. Jusqu’à l’éclatement de la rébellion du 22 septembre 2002, de triste mémoire pour tous les Ivoiriens; et particulièrement pour ceux qui habitaient et sont restés sur place dans les régions nord de la Côte d’Ivoire. Et depuis, «…c’est devenu difficile pour nous», avoue Arachi Souleymane; qui a pris la relève de feu son père, après sa disparition, 4 ans après. Normal donc que le fils de papa Arachi ne décolère pas contre cette crise: «C’est pour nous que cette crise est venue. Certains ont jeté l’éponge. Faute de moyens, de nombreux marchands d’art sont morts. Mon père est mort en 2006, de chagrin», continue de regretter Souleymane.

Mais, conscient de la lourde responsabilité qui est désormais la sienne, Souleymane est plus que déterminé à assurer la relève. Son souhait aujourd’hui est d’arriver à construire un musée pour faire connaître la culture Sénoufo. Aussi, se dit-il très heureux de la visite que lui a rendue du ministre de la culture au mois de juillet 2011, dans son lieu de travail. Lors de son dernier séjour à Korhogo, dans la cadre de la cérémonie de sortie officielle de l’Amicale des Professeurs de Français de la Direction régionale de Korhogo (APFDKO), le premier responsable de la Culture ivoirienne avait daigné se déplacer jusqu’à son modeste magasin qui fait aussi office d’atelier de restauration au quartier Hassabougou, dans les environs du carrefour "Les cailloux". Là, Bandama Maurice avait dit sa grande émotion de découvrir l’importante collection privée d’arts du jeune antiquaire Arachi Souleymane. «La visite du Ministre Bandama me prouve que ce que je fais n’est pas vain et qu’on peut servir son pays à tous les niveaux », confie aujourd’hui, avec fierté, Arachi Souleymane.

Arachi est un jeune ivoirien, né d’El Hadj Arachi Karimini, de nationalité nigérienne et d’une mère ivoirienne. Il a arrête ses études en 1997, après le collège moderne de Korhogo. Mais, Souleymane ne chômera pas, comme de nombreux jeunes Haoussa qui, eux aussi, ont dû abandonner les études. Il rejoint donc son père dans ses activités d’antiquaire; activités qui ont conduit Arachi père à parcourir de nombreux villages et hameaux sénoufo; avec à la clé la naissance, chez lui, d’une passion pour la collection des œuvre d’art. Et dire que, tout est parti d’une petite activité de collecte et de commerce de bouteilles et objets divers.

Souleymane raconte que feu son père s’installe à Korhogo, dans les années 50. Arrivé de son Niger natal, d’El Hadj Arachi Karimini entreprend, avec certains compatriotes venus à l’aventure de s’installer sur le même site. Haoussabougou (en Malinké: quartier des Haoussa originaires du Niger) devient partie intégrante des zones habitées de Korhogo. C’est de là que papa Arachi parcourt la ville de Korhogo, au ramassage, parfois à l’achat de bouteilles (récipients en verre servant à conserver des liquides) auprès des familles de quelques familles européennes vivant à Korhogo; puis, plus tard auprès des ménages. Après quoi, il revendait les produits de sa collecte sur le marché local des objets de récupération.

Peu à peu, raconte Souleymane, papa Arachi, qui manifestement, a le sens des affaires, commence à proposer des objets d’art aux Blancs. Qui se les arrachaient comme de petits pains. Le destin venait ainsi de lui révéler l’activité qui ferait son bonheur et sa renommée. El Hadj Arachi Karimini se donne, en effet, corps et âme à cette activité. Commence alors ses longues randonnées dans les villages Sénoufo, à la découverte de pièces rares. «Certains paysans, informés de son activité, venaient lui vendre des objets qu’ils ne trouvaient plus utiles de garder dans leurs maisons, parce que devenus encombrants», rapporte Souleymane.

Arachi père, qui se découvre alors une âme d’antiquaire, fait reproduire les objets qu’il acquiert. Les copies sont vendues, quand les pièces authentiques, elles, sont conservées. Naît ainsi la collection privée des Arachi et une passion pour le métier d’antiquaire. «Cette passion a amené mon père à découvrir et à connaître le peuple Sénoufo. Car chaque pièce a une identité, une histoire et un rôle social. Mon père était toujours prêt à acheter une pièce. Il pensait que s’il ne le faisait pas, cet objet disparaîtrait pour faire oublier son identité tout comme des rituels sénoufo qui ont aujourd’hui disparu», explique Arachi Souleymane.

L’appétit venant en mangeant, comme dit l’adage, l’antiquaire commence à s’intéresser à la compréhension des us et coutumes du peuple Sénoufo à travers son art. Le commerçant spécialisé dans l'achat et la vente d'objets anciens se meut, petit à petit en "anthropologue". Non pas sous l’angle du chercheur, intellectuel –papa Arachi n’a pas eu le bonheur d’être scolarisé– mais celui qui se surprend à comprendre que l’être de l’homme se retrouve dans sa production culturelle. El Hadj Arachi Karimini découvre, en effet, à travers ses nombreux voyages «la grande diversité culturelle du peuple sénoufo et à travers l’art. Il apprend à connaître le Sénoufo lui-même» confie le jeune Arachi. Poursuivant sur sa lancée, Arachi père s’intéresse aussi à l’art lobi, baoulé et à ceux de certaines sociétés du Mali voisin.

En effet, El Hadj Arachi Karimini achetait toutes les pièces qu’on lui présentait. Il n’était pourtant pas riche. Juste un passionné. «Papa me disait toujours, ce qui compte dans ce métier, c’est la valeur culturelle de la pièce», rapporte Souleymane. Dès lors, il fallait, acheter, acheter…des pièces. Et, c’est là, la plus grande difficulté de ce métier d’antiquaire. «Il faut avoir toujours de l’argent liquide, parce qu’au moment où on ne s’y attend pas, un paysan se présente à vous avec une pièce à vendre », révèle Souleymane. Qui, très rapidement, a souscrit à cette règle.

Quel plaisir y-a-t-il aujourd’hui à collectionner des objets d’art ? A cette question, Arachi Souleymane répond, avec l’enthousiasme du nouveau converti: «A travers, ces pièces, j’ai appris à respecter l’homme. Car aucun acte qu’il pose n’est anodin. Chaque chose a une signification. Chaque objet d’art a une identité et une importance dans la société. A travers mes activités, je vise l’homme. La culture est au centre de tout. Je connais le peuple Sénoufo à travers son art. Je veux valoriser cette grande culture. Un objet culturel, même acheté comme souvenir répond à une idée qu’on garde d’une civilisation. Je veux montrer au monde que le Sénoufo est un grand peuple. Les Africains ne connaissent pas encore la valeur de l’art. Les Blancs qui achètent nos objets ne le font pas par un simple geste, mais parce que cet objet qu’il achète a une identité. C’est pour la passion de l’art que je condamne l’argent dans ces salles ».

Propos d’antiquaire averti, étayés par une certaine philosophie de l’art. Preuve qu’on peut devenir un véritable passionné de l’art en s’intéressant aux objets chargés de l’âme d’un peuple.


Renée BLASSONNY

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