Warning: Creating default object from empty value in /home/ivoiregion_acces/ivoiregion.net/plugins/system/jat3/core/joomla/modulehelper.php on line 320
Le karité : DU BEURRE ET DE L’ARGENT Á GOGO…

Screen

Profile

Direction

Menu Style

Enquêtes / reportages Le karité : DU BEURRE ET DE L’ARGENT Á GOGO…

Le karité : DU BEURRE ET DE L’ARGENT Á GOGO…

  • PDF
Index de l'article
Le karité : DU BEURRE ET DE L’ARGENT Á GOGO…
UNE AFFAIRE DE FEMMES ?
LA PRODUCTION CONCENTRÉE EN AFRIQUE
Toutes les pages

Avec le retour de l’harmattan, ce vent sec et chaud qui parait froid, l’usage du beurre de Karité, matière grasse végétale, est plus que d’actualité; pour protéger la peau des agressions des intempéries. Plus que jamais, le moment est venu pour les femmes de la zone septentrionale de la Côte d’Ivoire, qui s’efforcent d’organiser un circuit commercial autour de l’exploitation de ce produit, de faire de bonnes affaires.

Pendant trois mois au moins, les femmes et les jeunes filles ne seront plus les seules à se passer de la pommade sur le corps après la douche. Par ces temps où l’harmattan souffle de toute sa rigueur du nord au sud du territoire ivoirien, nombreux sont les hommes de tous âges qui, ont certainement aussi recours à des produits cosmétiques (crème, stick etc.) pour protéger leur peau des affres de l’harmattan. Un petit budget qu’il va falloir mettre de côté; à moins d’avoir recours à Dame Nature qui sait bien faire les choses.

L’un des moyens qu’elle a bien voulu offrir aux populations du Nord pour leur permettre de se protéger efficacement face de l’harmattan, c’est-à-dire, en cette période où souffle un l’air sec et chaud, c’est le beurre de karité.

Le karité, l’arbre dont le fruit donne le beurre de karité, pousse dans les savanes arborées d’Afrique. Il pousse naturellement aussi dans la partie nord de la Côte d’Ivoire. A la matière grasse tirée de ses fruits, le beurre de karité, l’on attribue d’extraordinaires vertus réparatrices de la peau. Aussi bien dans les sociétés traditionnelles où l’usage du beurre de karité fait partie d’une tradition millénaire, que dans l’industrie cosmétique moderne. Tous sont unanimes pour dire que le beurre tiré des fruits du karité hydrate, adoucit, protège et embellit la peau, plus que tout autre produit. Bien plus encore, il relaxe le corps, donne éclat et vie aux cheveux. Du beurre de Karité, l’on dit également qu’il est singulièrement bénéfique pour les sportifs de haut niveau. Il redonne de la souplesse à leurs muscles.

Avec autant de vertus biomédicales prêtées au Karité, on comprend que les populations développent tout un culte et toute une activité économique autour de cet arbre qui apparait comme un don de Dieu, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Et pour cause, on ne le plante pas, comme c’est par exemple le cas pour le manguier ou l’anacardier. Il pousse à l’état naturel et croît, sans apports particuliers de l’homme.

A l’instar du coton, de l’anacarde et de la mangue, le karité, constitue pour les populations du nord, sa zone de prédilection, une véritable source de revenus. Le beurre de karité serait même le produit le plus commercialisé dans la région, dans la période de juin à janvier-février. Soit une durée moyenne de traite de 6 à 7 mois.

Le prix du kilo de beure de karité varie selon qu’on est au début ou à la fin de la saison. Coulibaly Awa, présidente du groupement "Chigata" de Natio Kobadara, explique que la tine (récipient de mesure) de 12 kg d’amandes se négocie à 1350 F; soit un peu plus de 100 F le kilogramme.  Le prix du kg de beurre, lui, varie de 300 à 600 F, soit du simple au double, selon la période. Coulibaly Adama, acheteur de produits vivriers, explique que pendant la campagne, il envoie des pisteurs dans les villages. Ce qui lui permet d’enlever le kilo d’amande à 75 F, bord champ. Quand les femmes transportent le produit de la cueillette vers les vendeurs, elles livrent le kilogramme d’amande à 85 F. Aux  exportateurs, le produit est livré entre 80 ou 90 F/kg, soit 5 de bénéfice par kg.

Pendant la campagne dernière, Coulibaly Adama dit avoir placé 20 chargements de 40 tonnes, soit 800 tonnes d’amandes ; pour une valeur estimée de 64.000 000 à 72.000.000 de F CFA. Il s’est tiré d’affaire avec une marge de 4000.000 francs.

Combien d’acheteurs sont-ils, comme lui, à Korhogo ? Difficile d’avancer un chiffre précis, tant ils sont nombreux. A chacun, ses prix, à chacun ses clients, à chacun ses exportateurs. Autant dire que le secteur souffre de son manque d’organisation. Ce qui fait dire à Coulibaly Adama : « il y a de l’argent à faire dans la filière. Mais, il faut compter avec une bonne dose de chance et de confiance ».

En réalité, c’est l’humeur et la propension au chantage des exportateurs qui règlent le marché. Pour nous en convaincre, l’un de nos interlocuteurs, que nous appellerons Silué, raconte son «malheur d’une année». Silué rapporte qu’il collectait, avec plus ou moins de satisfaction, des amandes de karité depuis de longues années pour le compte d’un exportateur installé à Abidjan. Jusqu’à cette année là, qu’il n’est pas prêt d’oublier. Alors qu’il lui avait été proposé d’acheter les amandes à 85 f le kg, Silué se frottait les mains à l’idée qu’il allait faire une bonne affaire, en espérant s’en tirer avec un bénéfice de 10F/kg. L’homme s’engage alors à enlever leurs récoltes aux femmes, à 70 F/Kg bord champ, avec pour charge, presque 5 F le kilogramme pour le transport.

Mais, voilà qu’une fois à Abidjan avec les précieux chargements, la société qui a passé commande lui prend son produit à 80 F/kg; arguant que les chargements comportaient beaucoup de mauvaises noix. Mis devant le fait accompli, Silué n’a eu d’autre choix que de céder sa marchandise. Aujourd’hui, c’est un homme désabusé qui se console en ces termes : « nous cherchons juste de l’argent pour manger. Sinon, personne, parmi nous, n’a les moyens pour résister au chantage des exportateurs».


Renée Blassonny
Correspondant régional



Mise à jour le Dimanche, 11 Août 2013 23:30

La vitrine du développement local.La vitrine du développement local.La vitrine du développement local.

Nos prestations

Nos partenaires

Sigma journalistes conseils

Rejoignez nous sur :