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Art culinaire: LE MANIOC SOUS TOUTES SES FORMES, CHEZ LES WÊ ET DAN

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Art culinaire: LE MANIOC SOUS TOUTES SES FORMES, CHEZ LES WÊ ET DAN

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Art culinaire: LE MANIOC SOUS TOUTES SES FORMES, CHEZ LES WÊ ET DAN
LE MANIOC À LA LACE DU PAIN
L’APPORT DE L’ANADER ET DU CNRA
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Ce qu’il y a de frappant dans la région du Tonpki, au coucher du soleil sur les pistes menant à différents villages et hameaux, c’est le contenu des paniers ou cuvettes portées par des femmes, celui des brouettes poussées par les enfants, les adolescents et autres travailleurs rentrant des champs. Au nombre des denrées alimentaires qui vont servir à confectionner le repas du soir, voire de la semaine, figure en bonne place le manioc. Sous forme de tubercules, de feuilles. Du manioc, on consomme à la fois les tubercules et les feuilles.

Dans la région de Man, après le riz, le manioc est la denrée la plus consommée. En témoignent les champs de manioc qui s’étendent à perte de vue en bordure des routes et des pistes rurales. De fait, dans cette région, le manioc se consomme sous plusieurs formes. Les cossettes servent à la préparation du tôh, une pâte obtenue après cuisson, à feu doux, d’une farine délayée dans de l’eau, pour obtenir une substance blanchâtre dans une marmite en tournant une spatule en bois; jusqu’à obtenir une substance compacte. Ce tôh de manioc se consomme généralement avec de la sauce gombo.

La racine du manioc se consomme également frais, par les paysans pendant l’exécution des travaux champêtres. Il se mange aussi braisé, bouilli ou sous la forme de foutou, une forme de boule dense (sans mélange avec de la banane plantain cuite). A partir de cette même tubercule, on prépare deux autres mets consommés partout en Côte d’Ivoire : le Placcaly (une autre sorte de pâte, obtenue cette-fois ci, à base de manioc broyé, puis fermenté) ; et l’Attiéké ou couscous de manioc. A ces deux dernières spécialités, on peut ajouter le Gari, une autre forme de couscous de manioc.

Que dire des feuilles de manioc, sinon qu’elles se consomment aussi. Elles sont même prisées des populations autochtones Wê et Dan qui les utilisent pour confectionner différentes sauces, dont cuisson et la texture varient selon qu’elles accompagnent le tôh, le placcaly ou même des morceaux de manioc simplement cuits à la vapeur. Quant aux tiges, elles sont utilisées dans la pharmacopée traditionnelle. Les adeptes de formules imagées auraient plagié Lavoisier qui, lui-même, emprunte à Anaxagore de Clazomènes, pour dire: «dans le manioc, rien ne se jette, tout est utile».

Hier, cultivé à une échelle réduite pour répondre aux besoins alimentaires de la famille, le manioc est devenu aujourd’hui, et ce depuis maintenant une décennie (2002- juillet 2012), une culture en plein essor dans la région du Tonkpi. Mieux, le manioc est devenu une denrée commerciale, une spéculation agricole exportée vers les pays limitrophes, transformée, ou partiellement transformée: Attiéké, placcaly et cossettes. Cela suffit pour qu’à Man et dans les différentes contrées de la région du Tonkpi, de nombreux jeunes dont l’âge varie entre 20 et 40 ans et des femmes, seuls ou rassemblés au sein de groupements agricoles s’investissent dans l’exploitation du manioc à des fin commerciales.

Ainsi, selon les statistiques de la représentation locale de l’Agence nationale d’appui au développement rural (Anader), en juin 2012, on a pu identifier, dans le département de Man, 5.000 hectares de manioc qui ont été réalisés par 9.000 exploitants ; avec un rendement moyen de 12 T de manioc à l’ha.

Dans la sous-préfecture de Biankouma, les statistiques révèlent l’existence de 10.308 ha de manioc exploitées par 12 741 paysans; dont 9.565 femmes. A l’échelle du département du même nom, on estime les superficies cultivées en manioc à plus de 25 000 ha. Les variétés les plus cultivées dans la région, à Danané, Zouan-hounien, Biankouma et Man, sont le "Tabouka", le "kataoli" et le "I.A.C" (abusivement appelé "Yacé»). Ces variétés ont des rendements moyens qui atteignent 25 à 30 T à l’ha, en terrain favorable, c’est-à-dire lorsque le paysan applique les recommandations de l’agent encadreur de l’Anader.

Depuis l’année 2008 et ce particulièrement dans la sous-préfecture de Man, trois nouvelles variétés de manioc ont fait leur apparition. Il s’agit de ces variétés que les paysans appellent "Beaucoup 1 et 2" et de "T.M.S4". Ce sont des trouvailles du Centre national de recherche agronomique (CNRA), avec l’appui projet «WAAPP» (West African Agricultural Productivity Programme) –en français, Projet de soutien ā la productivité agricole en Afrique de l’Ouest– en expérimentation dans les localités de Voungoué, Bantegouin, Gueupleu, Kouitongouiné, Bogouiné, (sous-préfecture de Man), Logoualé et Sangouiné. Si l’on en croit les techniciens, les rendements de ces nouvelles variétés peuvent atteindre 50 T à l’ha. Mais la spécificité c’est que le manioc issu de cette recherche va être destiné particulièrement à la fabrication de l’attiéké.

Vingt-six (26) groupements de 588 exploitants se sont investis dans la production de ces différentes variétés de manioc. Ces groupements de producteurs se chargent aussi de la diffusion de ces variétés dans le reste de la région du Tonkpi, à travers la réalisation de pépinières pour la production des boutures. Ainsi, de Gbatongouin à Zélé, en passant par Gbombélo (Biankouma) Mahapleu, Zagueneu (Danané), le long des pistes ou des voies principales, les champs de manioc ont remplacé les vergers de café, pour la plupart vieillissants. Explication, «le manioc nourrit et rapporte gros», estiment les jeunes paysans de cette localité appâtés par un information qui vaut son pesant d’or: un hectare de manioc en production est vendu à 650 mille francs Cfa. Du coup, les exploitants les plus entreprenants pe uvent engranger annuellement entre 3 à 4 millions de francs.

Et, c’est très souvent que de nombreux jeunes paysans s’étant investis dans la culture du manioc consacrent les gains que leur rapportent leurs exploitations de manioc à l’entretien des plantations de café et de cacao, à l’amélioration de leurs conditions de vie ou encore pour atteindre certains objectifs à court terme. Droh Pierre, jeune déscolarisé est de ceux là.

Pierre rapporte volontiers que durant la période 1996 à 2000, il s’est investi dans l’exploitation du manioc pour assurer les frais de ses cours accélérés d’auxiliaire de pharmacie. Une activité qui, chaque année, lui rapportait un revenu de 600 mille francs Cfa après la vente de sa récolte de manioc. «Pendant cinq ans, j’ai réalisé, bon an mal an, plus d’un hectare de manioc. Chaque vente me rapportait environ 600 mille francs Cfa. Ces fonds économisés m’ont permis de payer ma formation d’auxiliaire de pharmacie. Et de suivre un stage pratique à Bonoua. Aujourd’hui, j’exerce dans une pharmacie privée où je gagne aisément ma vie» confie-t-il.

Quant à Bamba Gué Anderson, la trentaine révolue, il vit à Foundépleu dans la commune de Biankouma. Lui, s’est fixé pour objectif de réaliser chaque année, 4 hectares de manioc. Son gain brut annuel, après chaque vente de sa récolte, est de 2 millions de francs. «Grâce à ce gain, je m’occupe de la scolarisation de mes enfants et de mes jeunes frères pendant chaque rentrée scolaire sans m’endetter. Et, j’entretiens le verger de café de mon défunt père avec l’argent recueilli de la vente du manioc» assure-t-il.

Dame Maniga Ballet Thérèse, elle, ne cultive pas le manioc. Elle l’achète pour fabriquer de l’attiéké, c’est-à-dire, de la semoule de manioc cuite à la vapeur. Selon Thérèse donc, grâce à la commercialisation de l’attiéké, elle réalise, tenez-vous bien!, une recette mensuelle de plus de 450 mille francs Cfa. Ainsi, depuis 2007, elle emploie trois jeunes filles qu’elle rémunère régulièrement. Grâce à cette activité, cette femme est aujourd’hui financièrement autonome. Elle subvient à ses besoins familiaux et soutient son époux qui est sans emploi depuis 2002.

Ainsi, chaque année, Maniga Ballet Thérèse investit plus d’un million de francs dans l’achat du manioc à travers les campagnes de Biankouma. Ce qui lui permet, chaque semaine, d’écouler sur les marchés des villages et de Biankouma, 26 bassines d’attiéké; dont 10 tous les lundis, jour de marché hebdomadaire de Biankouma, à raison de 4500 francs l’unité. Soit un gain de 117 000 francs Cfa. Cette activité marche tellement bien que Thérèse ambitionne, non seulement d’acquérir un véhicule pour faciliter ses déplacements et le ramassage du manioc. «Le manioc me nourrit et m’enrichit. C’est une arme efficace contre la faim et la pauvreté en milieu rural», fait-elle remarquer.

A Gbombélo, localité située à 21 km de la commune de Biankouma, des femmes ont fait de la transformation du manioc en placcaly (pâte fermentée de manioc), leur activité principale. En plus de la vente de ce produit sur le marché local de Biankouma, elles l’exportent sur les marchés de la sous-région, c’est-à-dire au Mali et en Guinée. Même si elles se refusent à donner des détails sur cette activité, elles consentent tout de même à reconnaître que le commerce du placcaly génère des recettes appréciables.

Voilà qui, certainement, explique qu’à Mahapleu dans le département de Danané, 150 femmes réunies au sein d’un groupement agricole ont décidé de faire de la culture du manioc, de la commercialisation des tubercules et de sa transformation en placcaly et en attiéké leurs activités principales.

A ce titre, elles ont bénéficié, en 2009, d’un appui matériel et financier du Pnud; pour les aider à améliorer leurs activités et leurs conditions de vie. «Pendant la grave crise traversée par la Côte d’Ivoire, le manioc a constitué l’aliment principal des populations à l’Ouest. De Danané à Biankouma, en passant par Zouan-hounien, Bin-houyé, Facobly et Logoualé. C’est également durant cette période que la commercialisation du manioc, sous sa forme transformée, notamment en placcaly, attiéké a connu son essor. Des lors, cette culture est devenue une mine d’or pour de nombreuses femmes et des jeunes de la région; qui en ont fait leur activité principale» fait observer M. Zio Benoît, agent de l’Anader, zone de Man,

spécialisé en encadrement en cultures annuelles.

Quelques indications sur l’intérêt que suscite l’exploitation de ce tubercule depuis quelques années. Un tubercule de manioc de 2,5 kg est vendu à 125 francs CFA bord champ. Le tas de 4 à 5 maniocs est écoulé à 350 francs, quand le panier d’attiéké de 25 kg, lui, vaut 4500 francs, le prix du sac de 120 kg de cossette se vend à 10 000 francs, singulièrement dans la période de juin à août.


SIGUI Aude Martinez



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